Dimanche grillé

Le déclic métallique du grille-pain me fait sursauter. Je me réveille d’un coup et je pense, il est huit heures, ça recommence ! Alors, je l’entends ouvrir le frigo, sortir le beurrier, le poser sur la table, ouvrir le tiroir, fouiller parmi les couverts, trouver le couteau et – gratte, gratte, gratte – beurrer le toast. J’imagine ses grosses mains poilues faire la besogne, des allers-retours, d’avant en arrière – gratte, gratte. C’est une habitude qu’il a, tous les dimanches matin, de me préparer le petit déjeuner. C’est un routinier.

Je sais qu’ensuite, il mettra tout sur un plateau et l’apportera dans la chambre. Non pas que ça me déplaise, non. Qui se plaindrait d’avoir son breakfast servi au lit le dimanche matin ? Mais après manger, je sais trop bien ce qu’il fera : retirer le plateau, ôter les draps et commencer à me caresser. Je peux déjà sentir ses grosses mains poilues sur mon corps, des allers-retours, d’avant en arrière… Il me caressera jusqu’à ce que je fonde, comme du beurre sur un toast chaud. Qui se plaindrait d’être touchée comme ça, tous les dimanches matin ? Moi, je me plains.

Puisque tout est si prévisible chez lui, le charme a disparu. J’ai l’impression que nous ne sommes plus que des objets dans sa routine, lui et moi. À ce jeu qui est le nôtre, il est sans aucun doute le grille-pain, toujours à l’heure. Et moi ? Quel objet suis-je ? La tartine beurrée, le frigo glacé ou le couteau effilé ?


Extrait du recueil

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